1eme PARTIE

Evan : La légende dit que tout vous est venu d’un seul coup.

JK Rowling : Non, non, non. Non, Harry est arrivé d’un seul coup. Poudlard aussi, pas dans son intégralité, mais beaucoup de personnages sont arrivés… précipitamment.

E : Un peu comme une épiphanie ?

JK : Oui, en quelque sorte. C’était un voyage de quatre heures en train. Il n’aurait pas dû durer quatre heures, mais il y avait eu du retard. Et Harry était là. Des gens comme Nick-Quasi-Sans-Tête, Peeves, des habitants du château, étaient là aussi. Il y avait aussi la cicatrice de Harry, et je savais à peu près comment il l’avait eue. C’est très étrange, mais je sais que je ne suis pas le seul écrivain à qui c’est arrivé. C’était comme si on m’avait donné une information, et que j’avais dû chercher le reste par moi-même. Ce n’était pas comme si j’avais été en train de l’inventer. J’allais de l’avant, puis je repartais en arrière, dans le but de découvrir ce qui s’était passé.

E : Comme tirer le rideau pour voir ce qui…

JK : Oui, oui. Mais non, tout ne m’est pas venu d’un coup. Élaborer des intrigues demande beaucoup de travail. Ce sont des intrigues parfois assez complexes, et ça m’a pris quelques années pour tout organiser correctement.

E : Quand vous avez ces idées, parce que le Quidditch fait partie de vos meilleures idées…

JK : Oui, j’adore le Quidditch.

E : Vraiment ? Où trouvez-vous ces idées ? Racontez-moi les origines du Quidditch.

JK : Je peux en parler avec virulence. Je venais d’avoir une terrible dispute avec mon petit ami de l’époque. J’écrivais sur Harry depuis… environ un an, je pense, cela faisait un an à ce moment-là que je travaillais sur Harry, peut-être un peu moins, et j’avais décidé que l’une des caractéristiques unificatrices de toute société, c’est le sport. Presque toutes les sociétés ont leurs propres jeux et leurs propres sports. Et je voulais… Puis nous avons eu cette violente dispute. Je ne sais pas s’il y a un lien de cause à effet, j’en doute. Mais j’ai quitté l’appartement, j’ai réservé une chambre d’hôtel pour une nuit, et au lieu de rester là à ressasser cette dispute et à broyer du noir, j’ai inventé le Quidditch.

E : Vous avez des idées en réserve ? Les écrivains passent leur temps à griffonner en disant « C’est l’idée qu’il me fallait ». C’est votre méthode ?

JK : Oui. En fait, j’ai eu une idée dans le train, ce matin. En me levant, je me suis dit « Oh, c’est comme ça que ça pourrait se passer dans le tome cinq ». Alors oui, c’est merveilleux quand ça arrive, que l’idée vient toute seule à vous.

E : Y a-t-il un sens au fait que certaines personnes disent que les bons sont sans intérêt et que les mauvais sont toujours plus intéressants ? Il y a bien sûr Le Paradis perdu, de Milton, où Dieu est ennuyeux et où le diable est intéressant.

JK : Voyez-vous, Harry est bon. Et personnellement, je ne trouve pas du tout Harry sans intérêt. Enfin, il a des défauts. Ron et Hermione sont des personnages très bons mais ils… Ma voix semble extrêmement forte quand le train s’arrête (rires).

E : Non, c’est charmant.

JK : Non, les personnages bons ne m’ennuient pas. Pas du tout.

E : Est-ce que vous avez plus de plaisir à écrire sur les mauvais personnages ? Parce que Voldemort est le mauvais personnage type.

JK : Oui, il est mauvais. Est-ce que j’ai plus de plaisir ? J’adore écrire sur Dumbledore et Dumbledore est la bonté personnifiée. Mais j’adorais aussi écrire sur Gilderoy, et sur Rita aussi. Parce que je trouve que ce sont des personnages comiques.

E : Alors vous n’en avez pas de préféré ?

JK : Non, je ne crois pas. Je prenais beaucoup de plaisir à écrire sur Dudley aussi. C’est très amusant d’écrire sur lui.

E : Les personnages finissent pas prendre la responsabilité de leur propre vie. Ils ont leur propre histoire. Les écrivains disent souvent « J’aimais beaucoup ce personnage et l’an dernier, ma période la plus difficile a été celle où j’ai dû le tuer ».

JK : Ça va venir.

E : Vous savez déjà qui va mourir dans les prochains tomes ?

JK : Je sais exactement qui mourra, oui.

E : Dont certains personnages que nous aimons et que vous aimez ?

JK : Je vais tuer des gens que j’aime, oui (Elle fait des signes de la main à des fans, dehors). C’est horrible, n’est-ce pas ? (rires) Oui, ça l’est. J’ai pleuré pour la première fois en écrivant celui-là [le quatrième tome]. J’ai pleuré rien qu’en l’écrivant. Ça m’a bouleversée.

E : Il commence par un meurtre, et il y en a un autre à la fin, mais je ne dirai pas de qui il s’agit. Et vous avez pleuré, alors ?

JK : Oui.

E : Mais dans le futur il y en aura davantage…

JK : (en riant) Ce sera encore pire.

E : Ah oui ? Comme ça, le pire est à venir ?

JK : Je ne sais pas pourquoi je ris. C’est nerveux. (Elle regarde la caméra) Il y a tous ces enfants qui me regardent [à l’extérieur du train]. S’ils savaient que je suis en train de parler du massacre de leurs personnages favoris. (Elle agite vivement la main vers eux) Bonjour !

E : Les gens adorent Ron, par exemple. Les enfants pensent que vous allez éliminer Ron parce qu’il est le meilleur ami.

JK : Absolument, ils pensent ça parce qu’il sont malins et qu’ils ont vu beaucoup de films où le meilleur ami du héros meurt. Du coup, ils pensent que je vais tuer Ron. Mais il y a peut-être un piège… (rires)

E : Maintenant que vous savez qu’ils s’y attendent, vous allez le faire ?

JK : Non, j’ai décidé… Je n’ai pas pris une liste en disant : « Toi tu vas y passer, toi aussi, toi aussi ». Dans chaque cas, il y a une raison pour la mort du personnage, par rapport à l’histoire. C’est pour ça que je le fais.

E : Ce livre convient-il aux enfants de six et sept ans qui ont aimé Harry Potter à l’Ecole des sorciers ?

JK : Ça dépend de l’enfant, mais en ce qui concerne le mot « convenir », je n’ai jamais dit que ces livres étaient… vous voyez, je savais que tout ça allait arriver. J’ai vu des mamans très fières me dire : « Il a six ans et il les adore », et moi je me disais, « Pour ma part je n’aurais pas dit « Vas-y, lis-le » à un enfant de six ans ». Je ne l’aurais pas fait, parce que je savais tout ce qui allait arriver. Je savais que les livres deviendraient plus sombres, toute l’histoire concerne un monde qui devient de plus en plus sombre. Alors ça dépend de l’enfant. Ma fille va sur ses sept ans, elle les adore.

E : Même celui-ci ?

JK : Elle ne l’a pas encore terminé.

E : Ce livre est crucial, parce que tout change après celui-là. L’univers entier semble subir une transformation radicale.

JK : Eh bien, c’est la fin d’une ère. Le quatrième tome marque la fin d’une ère pour Harry.

E : Il grandit. C’est un rite de passage.

JK : Exactement. Il n’est plus protégé. Il l’a beaucoup été jusqu’à présent, mais il est très jeune pour avoir une telle expérience. La plupart d’entre nous n’acquièrent une telle expérience que plus tard dans la vie. Il n’a pas encore quinze ans et il a déjà subi tout ça. (Un photographe colle son appareil photo contre la vitre et prend une série de clichés) Il est très exposé maintenant, comme vous le savez si vous avez lu le livre. Si ce n’est pas le cas, je ne dirai rien.

E : Mais être un adulte suppose nécessairement de subir un rite de passage… (Il y a une bousculade entre le photographe et le personnel de la sécurité. L’homme crie « Ne me poussez pas. Ne me poussez pas ! »)

JK : Oh-oh. Mon Dieu.

E : Ça devient dur. (Le photographe en colère plaide sa cause auprès de la sécurité)

JK : Mon pire cauchemar, c’est que des enfants soient blessés dans une bousculade. On n’est pas passé loin, parfois. Apparemment, à notre dernier arrêt, quand nous nous sommes arrêtés pour mettre de l’eau dans le moteur, la presse locale avait annoncé que je dédicacerais des livres. Deux cents enfants attendaient, mais on ne faisait pas de dédicaces. Il n’y avait pas de sécurité. (De nombreux fans, jeunes et vieux, grouillent autour du train. Une femme d’âge moyen presse contre la vitre une feuille sur laquelle est écrit : « Accordez-nous cinq minutes, s’il vous plaît »). « Accordez-nous cinq minutes, s’il vous plaît ». (Elle cache son visage dans ses mains et soupire)

E : Pourquoi ne prenez-vous pas cinq minutes ?

JK : (à un assistant) Est-ce qu’on a des ex-libris [la première page du livre, où figurent en général les armoiries de Poudlard dans les éditions britanniques, ndlt] ? On peut en signer quelques-uns et les donner aux gens dehors, s’ils ont eu de fausses informations. (Les assistants forment une chaîne pour passer un flot sans fin de livres depuis la foule jusqu’à Rowling qui les dédicace avec une rapidité étonnante). Merci beaucoup, c’est mieux. Allons-y, maintenant. Aux Etats-Unis, je suis allée dédicacer dans un magasin, et ils m’ont dit qu’ils avaient vu une seule personne signer plus vite que moi, comme ils comptaient combien d’exemplaires j’avais faits en deux heures, et c’était Jimmy Carter. (La locomotive siffle) Oh non, c’est nous, ça ? (Le train quitte lentement la station tandis que JK Rowling salue ses fans avec exubérance. Une femme âgée agite la main et fait semblant d’essuyer une larme sur sa joue. Une petite fille court à la hauteur du train, agitant la main de toutes ses forces). Oh mon Dieu, c’est déchirant. C’est comme une lente torture. C’est toujours les petites filles qui ont des taches de rousseur, parce que j’en étais une. Elles me réchauffent le cœur.

E : Incroyable. C’est très dur.

JK : Oui, c’est dur. C’est horrible. Vous avez vu, c’est désagréable. Un journal local a dit à des enfants de dix ans que je sortirais pour dédicacer des livres, puis la police sur le quai me dit : « Ne sortez pas, ça va créer des problèmes ». C’est une véritable torture, je reste assise ici à regarder des enfants en larmes. C’est horrible. Donc, tout ça n’est pas que du plaisir.

E : Mais il y a du positif…

JK : Oui, beaucoup. Le contraire de ce qu’on vient de voir, c’est très positif, quand ils sont tout excités. Le meilleur de tout, en fait, c’est quand des mamans viennent me dire : « Il ne lisait jamais, avant. Il ne lisait jamais. » C’est ça, le meilleur. En général, c’est « il », je dois dire. Ce n’est pas souvent « elle ». En général ce sont des garçons, oui.

E : C’est ça le truc, c’est que les livres Harry Potter ont donné le goût de la lecture aux garçons. C’est très gratifiant.

JK : C’est le meilleur, oui.


2ème PARTIE

E : Vous avez travaillé pour Amnesty International. Deux ans.

J.K. ROWLING : Je l’ai fait, oui. Assistante de recherches. Sur les abus des Droits de l'Homme en Afrique francophone. Cela m'a rendu vraiment fascinante dans les dîners mondains . Je savais tout sur la situation politique au Togo et au Burkina Faso.

E : Et vous continuez toujours.

JK : Non, je ne peux plus.

E : Mais voici le résultat : Hermione et les droits des elfes. Les droits civiques deviennent un des thèmes de La Coupe de Feu.

JK : Oh oui. Oui.

E : C'est un vrai problème.

JK : C’est vrai, c'était assez autobiographique. Ma soeur et moi étions toutes les deux ce genre d'adolescentes (parle d’un ton dramatique). Nous étions cette sorte de : « je suis la seule qui ressens vraiment ces injustices. Personne d'autre ne comprend la manière dont je le perçois. » Je pense que beaucoup d'adolescents passent par cela.

E : En Grande-Bretagne ils l'appellent cela « Right On », ou quelque chose comme ça.

JK : Exactement. En fait, c’est amusant d’écrire tout ça parce que Hermione, malgré ses bonnes intentions, devient assez hypocrite. Mon coeur est entièrement avec elle lorsqu'elle passe par cela. Elle développe sa conscience politique. Mon coeur est complètement avec elle. Mais mon cerveau me dit, et c’est une réflexion d’adulte, qu'en fait, elle commet une erreur envers ces mêmes personnes qu’elle essaie d'aider. Elle les offense. Elle n'est pas très sensible à leur…

E : Elle est quelque peu condescendante envers les elfes qui n'ont aucun droit.

JK : Elle pense que c'est si facile. Cela fait partie de ce que je disais avant, à propos du processus de croissance : réaliser que vous n’avez pas autant de pouvoir que vous le pensiez, et devoir l’accepter. Alors vous apprenez que c'est un dur labeur de changer les choses et que ça n’arrive pas en une nuit. Hermione pense qu'elle va les mener à une glorieuse rébellion en une après-midi, puis elle découvre alors que la réalité est bien différente, mais c'était amusant à écrire.

E : Et vous travaillez sur ces questions qui, pour vous en tant que personne, sont évidemment cruciales dans votre vie. Je veux dire, ces questions au sujet des relations inter-raciales et des droits civiques.

JK : Vous savez, les enfants sont intéressés par ces choses. Ils le sont. Ce n'est pas simplement moi. Je pense qu'ils le sont.

E : Protégeons-nous nos enfants trop souvent contre ce genre de choses ? Parce que, en Amérique du Nord, il y a une tendance à penser que nous devons protéger nos enfants de…

JK : Lors de mon dernier voyage, j'étais là-bas à Halloween. Et j'ai été assommée qu'à la télévision de l’hôtel… vous voyez, ma fille était dans cette chambre d'hôtel, et trois programmes d’affilée parlaient de « que pouvons-nous faire pour que nos enfants arrêtent d’être effrayés par Halloween. » Trois d’affilée. Ces émissions de discussion qui ont lieu le jour. « Et bien, assurez-vous de les voir accrocher des décorations, pour qu’ils puissent voir que ce n'est pas réel. Expliquez-leur que ce n’est que pour s’amuser.» Je me suis assise et j’ai pensé, vous essayez de protéger des enfants contre leur propre imagination, et vous ne pouvez pas faire cela. C'est comme ça qu’on les effraie, à mon avis. Vous créez la peur chez les enfants en leur disant, « ce n'est pas effrayant. Il n'y a rien ici pour vous effrayer. » Les enfants vont devenir peureux et ils devront vivre avec cela et s’en occuper. Vous ne pouvez pas les empêcher d’être effrayés. Un enfant heureux n'est pas un enfant qui n'a jamais éprouvé la peur ou qui n'a jamais été autorisé à faire l’expérience de la peur.

E : La peur est une chose saine ?

JK : C'est une chose saine. C'est nécessaire à la survie. Qu'arrive-t-il alors à l'enfant qui a été ainsi protégé depuis son plus jeune âge… Je veux dire, comment un enfant pourrait parvenir à l'âge de 14 ans sans avoir jamais éprouvé la peur, si cela était possible ? Ce serait une expérience anéantissante pour ce garçon ou cette fille la première fois qu’il ressentirait la peur. Vous devez l’apprendre.

E : Contre quoi devons-nous protéger nos enfants, alors ?

JK : Nous essayons de les protéger contre nos propres craintes, je pense, et ce n'est pas sain. Ce n'est pas bon.

E : Contre quoi est-ce sain de les protéger ?

JK : Bien. Évidemment, nous voulons les protéger physiquement. C'est un instinct naturel. Je fais la même chose avec ma fille. Ma réaction face à un livre effrayant ou à un film effrayant avec ma fille, ça serait de le regarder avec elle puis d’en discuter, pour être avec elle au moment où elle vit cette expérience. Mais ne vous méprenez pas. Il y a des choses auxquelles je ne veux pas que ma fille de presque sept ans soit exposée. Il y a certainement des choses, comme le sexe explicite. Non, elle est trop jeune. C'est comme donner à un enfant âgé de sept ans un pistolet chargé et lui dire «joue avec ça. » Non, c’est une autre question. Je veux dire, le sexe est quelque chose dont nous discutons mais je ne veux pas qu’elle voie certains films. Je ne veux pas qu’elle voie les films où les gens s’arrachent la tête au hasard. Non, absolument pas. Mais quand cela touche à quelque chose qui est…

E : Parce qu’il est difficile de tracer la délimitation, n'est-ce pas? Parce que quelqu'un pourrait lire votre livre et dire « Et bien, il y a un meurtre… »

JK : Les gens meurent, mais prêtez-vous attention quand ils meurent ? Avez-vous vraiment une idée de combien il est mal de prendre la vie d'une autre personne ? Oui, je pense que dans mon livre vous l’avez. Je pense que vous l’avez. Je pense que vous voyez que c’est une chose terrifiante. J'éprouve un énorme respect pour la vie humaine. Je ne pense pas que vous liriez l'une ou l'autre de ces morts dans le livre et penseriez, « ouais, bien, il est parti, allons-y ». Pas du tout. Je pense qu'il est très clair de voir où vont mes sympathies. Et ici nous avons affaire à quelqu'un, j'ai affaire à un méchant qui juge que la vie humaine a vraiment peu de valeur. C'est comme ça que ça se produit : une pression sur la gâchette. C’est fait. Pour toujours. C'est mauvais. C'est une chose terrible, terrible, mais vous avez raison, je sais où je trace la ligne. D'autres traceront la ligne à un endroit différent, et ils seront en désaccord avec moi.

E : Mais c’est un auteur avec un sens de la responsabilité morale. Les auteurs devraient avoir un sens de la responsabilité morale ?

JK : Quand vient le moment d’écrire les livres, j'entreprend de créer un ensemble de règles différent. En fait, j'écris ce que je veux écrire. A cause de la nature de notre discussion, je dois analyser ces règles, mais quand je suis en train d’écrire, je ne m'assieds pas pour penser à cela, pour me dire « c’est ma voie, et voici les leçons morales que nous allons enseigner à nos enfants ». Rien de tout cela ne me vient en tête. J'écris ce que je veux écrire.

E : Mais l'histoire doit être écrite.

JK : Exactement. J'écris ce qu'est l'histoire. Oui. J'écris ce que je juge que je dois dire.

E : C'est une voie difficile, non ? Puisque l'histoire peut exiger quelque chose qui peut défier des choses auxquelles vous tenez particulièrement. Les gens ont demandé, « Harry a été face à la mort et Harry est devenu orphelin. Maintenant qu'il grandit, devra-t-il faire face à d'autres défis ? » Des défis sexuels ? Il y a, effectivement, des béguins dans ce livre. Quoi d’autre ? Allons-nous voir de la drogue ? Les questions que se posent les adolescents: drogues, grossesse d'adolescente. Ce sont de vraies questions d’adolescence.

JK : Certes. La drogue et grossesse d'adolescente, devrait-on en parler dans la littérature pour enfants ? Oui, certainement. Je pense qu'il y en a très peu de choses qui ne devraient pas être traités dans la littérature pour enfants. Dans ma tête, en fait, je ne trouve aucun sujet interdit, du moment qu’il est traité correctement. Je ne peux pas penser à un seul sujet. Cependant, dans les livres Harry Potter, je ne pense pas que ce serait très fidèle à la tonalité des livres si Hermione sort avec quelqu’un et se retrouve enceinte à 13 ans. Non. Parce que ce n’est pas ce genre de livre. Franchement, Harry, Ron et Hermione ont assez à faire sans commencer à toucher à des substances illégales. Vous savez, ils doivent faire face à d'autres choses.

E : Les Wiccans [ndt : la Wicca est une religion, prônant le retour au culte de la Nature], qui ont dit « Oh, c’est fabuleux. Elle est la championne de la sorcellerie blanche, elle la défend…»

JK : Non, je ne le suis pas.

E : Et les personnes en faveur des pensionnats disent « Regarde ! C'est pour ça que les internats sont une bonne chose. » Êtes-vous une défenseuse de ces causes ?

JK : Je l’ai déjà dit avant. Les deux seuls groupes de personnes qui semblent penser que je suis de tout coeur de leur côté, sont des Wiccans et des défendeurs des internats, et moi je ne suis ni pour l'un ni pour l’autre.

E : Vous n'enverriez pas votre enfant en internat, n’est-ce pas ?

JK : Non, je ne le ferais pas. Non. Il y a des circonstances dans lesquelles je peux comprendre qu’une famille le fasse. Mais vous pourriez savoir que ma fille n’ira pas en internat. Je la garderai avec moi avant de la laisser aller en pension. Je veux la garder à la maison autant que je le pourrai.

E : Une partie des gens que vous satirisez le plus dans ces livres sont les méchants, les Malefoy, qui sont très classiques, ils sont racistes envers les Moldus. Est-il juste de dire qu’ils sont néo-conservateurs ou Thatcheristes [ndt : personnes en faveur du système politique attribué au gouvernement de Margaret Thatcher] ? (Signe d'assentiment de JK.) Y a-t-il un réel axe politique que vous développez ?

JK : Je pense que dans ce livre également, vous comprenez entièrement… Avec Voldemort, je n'ai pas voulu créer un représentant stéréotypé du méchant, quand vous mettez un chapeau noir sur sa tête et que vous dites « Bien, maintenant tue ce type parce qu'il est méchant. »

E : Less Dursley sont-ils plus représentatifs du méchant-type?

JK : Oui et non. Vous rencontrerez des Dursley, en Grande-Bretagne. Vous verrez. Je les ai à peine exagérés. Hum, Voldemort. Dans le deuxième livre, la Chambre des Secrets, en fait, il est exactement comme je l'ai dit précédemment. Il prend ce qu'il pense être un défaut en lui, en d'autres termes la non pureté de son sang, et il le projette sur les autres. Il est comme Hitler et son idéal arien, auquel il ne s'est pas du tout conformé lui-même. Et donc Voldemort agit de même. Il prend sa propre infériorité, et la rejette sur d'autres personnes, et essaye d'exterminer en elles ce qu'il déteste en lui.

3ème PARTIE

E : Jo, la légende raconte qu vous êtes cette mère qui vit d’allocations dans un appartement sans chauffage à Edimbourg. Vous écrivez sur Harry Potter deux heures par jour.

J.K. ROWLING : Sur des serviettes, il paraît (rires). Un journaliste américain m’a un jour demandé, « Est-ce que c’est vrai que vous avez écrit le tout le premier tome sur des serviettes ? » J'avais envie de répondre, « Non, sur des sachets de thé. Je les gardais pour ça. »

E: Quelle est la véritable histoire ?

JK : En ce qui concerne la véritable histoire, comme pour la plupart de ce qui paraît dans la presse, il y a un grain de vérité et des tonnes d’exagérations.

E: (Avec un faux accent britannique) Mon Dieu !

JK : (rires) Pendant six mois… En fait la vérité n’est pas si éloignée, mais certains faits ont été changés.

E: Vous étiez au chômage ?

JK : Oui.

E: Vous n’aviez pas de chauffage dans votre appartement ?

JK: Si. Nous avions du chauffage. Oui, nous avions le chauffage. Nous avions des souris aussi, mais nous avions du chauffage. Pendant six mois j'ai vécu exclusivement des allocations. C'était horrible. J’ai trouvé un poste de secrétaire à temps partiel. C’était vraiment du temps partiel, quelques heures par semaine. À l’époque la loi interdisait de gagner plus de quinze livres sterling par semaine en plus des aides, et quinze livres ne vous rendaient pas beaucoup plus riche ; mais au point où on en était, quinze livres représentaient beaucoup d'argent. J'en avais besoin. Donc j'avais ce travail et nous vivions toujours principalement grâce aux allocations. Puis je suis retournée à l'université pour obtenir un diplôme d’enseignant, grâce auquel je pourrais enseigner le français en Ecosse. Donc nous étions toujours fauchées, Mais nous ne vivions plus uniquement d’allocations car j'avais une subvention. Et par la suite, bien que j’aie eu encore des aides car je n’enseignais pas à temps complet, nous n’avons plus jamais été aussi fauchées que pendant les dix-huit premiers mois à Edimbourg. Nous étions vraiment, vraiment fauchées à ce moment là.

E: Jo, pourquoi avez-vous décidé d’écrire pendant cette période ? La plupart des mères célibataires qui sont fauchées et qui ont un enfant veulent principalement gagner de l'argent. Elles oublient leurs ambitions d’écriture, elles oublient leurs rêves. Elles doivent avoir l’esprit plus pratique.

JK : Eh bien, je me suis sentie coupable de continuer à écrire, très coupable en réalité.

E: Aviez-vous le sentiment qu’en tant que mère vous n'étiez pas … ?

JK : Pas la première année, parce que j'essayais à tout prix de trouver un travail rémunéré. Et en plus, aucune garderie ne voulait prendre un si jeune bébé, à moins qu'elle coure un danger. Une fois mon diplôme d’enseignante en poche, je me suis vraiment sentie coupable de continuer à écrire. Je me disais : « Peut-être que tu devrais rentrer. Peut-être que tu devrais retourner à Londres (où je vivais avant), et obtenir une place de prof à temps plein là-bas et laisser tomber tout ça. Je me demandais si je poursuivais des chimères et si je sacrifiais le bien-être de ma fille… pas le bien-être parce qu'elle était une petite fille très heureuse. Mais peut-être qu’elle aurait pu avoir plus de jouets et plus de vêtements.

E : Vous aviez l’impression de rater votre carrière de maman ? Vous êtes fauchée. Et soudain vous avez un enfant.

JK : J’étais en colère. Je ne sais pas si j’avais l’impression d’avoir échoué, mis ma vie était assez sinistre. Je me suis senti très fâchée après moi-même. Pendant une très longue période j'étais très colère contre moi-même.

E: Comme si vous n’étiez pas à la hauteur ?

JK : Oui. Et en même temps j'étais fière de moi, c'est la vérité. Il y a des gens, des femmes, qui vont nous regarder, et qui se trouvent dans la même situation que moi à l’époque, et il faut que je leur dise : « Quand je repense à mon passé maintenant, je ne trouve pas que j’étais une ratée ». Quand j’y repense je suis très fière de ce que j’étais, car je faisais le travail de trois personnes. J’avais un emploi rémunéré. C’est moi qui rapportais l’argent à la maison, et j'étais la mère et aussi le père. Si vous pensez que c’est facile, vous n’avez qu’à essayer. Et j'écrivais un roman. Donc je ne regarde pas du tout derrière moi en pensant « quelle nulle ». Vous savez, ce n’est pas être un raté que de vivre avec si peu d’argent, de se débrouiller pour tenir toute la semaine avec et bien nourrir votre enfant à bon marché. Et toujours faire passer votre enfant en premier.

E: Il y a maintenant une légende qui dit que vous vivez recluse ou que la presse vous est montée à la tête et que maintenant vous dites « Plus d'interviews. »

JK : Non. Et ça ne m'ennuie même pas. Ça me fait rire, vraiment. Ça fait aussi beaucoup rire mes amis. Je ne suis pas recluse. Il y a deux raisons pour lesquelles je n'ai pas fait beaucoup d'interviews récemment. Premièrement, comme je l’ai déjà dit, je voulais travailler. Une interview me prend la moitié de la journée et je travaillais dix heures par jour sur ce livre. Je n’en avais pas le temps. Pour moi, c'était une perte d'énergie. Je préférais écrire le livre. Et l'autre chose, et j’ai déjà eu l’occasion de remarquer que les gens l’oublient vite, c’est que je suis toujours une mère célibataire. Les gens semblent s’attendre à ce que dès que vous gagnez de l’argent, vous engagiez un bataillon de bonnes d'enfants et ensuite vous pouvez partir faire ce que vous voulez. Et bien, le fait est que je veux élever ma fille et ça veut dire passer du temps avec elle. Je ne pourrais pas le faire si je devais faire des tournées promotionnelles dans tous les pays où je suis publiée. Donc c’est pour des raisons très prosaïques que je suis restée discrète récemment.

E: Et pourtant la notoriété envahit votre vie. Nous sommes dans le train et à chaque arrêt il y a des centaines d’enfants et de parents...

JK : C’est le bon côté.

E: Vous aimez ce genre de choses.

JK : J’aime vraiment, vraiment, vraiment rencontrer les enfants, parce que c’est comme enseigner, mais sans souffrir, vous voyez. J'étais enseignante et j’aimais ça. Et le contexte dans lequel je rencontre des enfants à présent, c’est très amusant. Je n’ai pas à les discipliner. S’ils veulent chahuter, je peux participer si je veux. C'est amusant. Je ne m’étais jamais attendue à ce qu’on parle de moi dans la presse. Mon ambition pour ces livres, franchement, c’était d’avoir des critiques. Beaucoup de livres pour enfants ne font même pas l’objet d’une critique, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Non, je ne m’étais jamais attendue à ce que les journaux parlent de moi, alors c’est une expérience étrange quand ça vous arrive.

E: La question qu’on vous pose toujours, c’est est-ce que la célébrité vous a changée ? Vous êtes différente d’avant ? Ce n’est pas ma question, mais est-ce que vous vous protégez du changement ? Vous dites vouloir rester mère célibataire, mais est-ce possible maintenant que tout le monde vous connaît ?

JK : En réalité, je ne suis pas une personne très reconnaissable. Je n'ai aucune difficulté à me promener où que ce soit, à faire des choses normales sans que les gens me reconnaissent. Les rares fois où ça arrive, les gens sont extrêmement gentils. Personne n’est jamais venu me voir pour être désagréable envers moi, au contraire. Donc c'est tout à fait possible pour moi de mener une vie normale. Et j’espère que ce sera toujours le cas. Parce que vous savez, je n’aimerais pas vraiment que ça change. Je détesterais ça, en fait.

E: Il y a aussi une fameuse anecdote comme quoi vous écrivez dans les cafés. Pouvez-vous toujours écrire dans des cafés ? Avec trente-cinq millions de livres vendus ?

JK : Oui.

E: Personne ne vient vous déranger ? « Puis-je avoir votre autographe ? » quand vous êtes au milieu d'une phrase importante ?

JK : C’est très rare.

E: Il y a une différence entre l’attitude des fans américains et britanniques ? En Amérique vous êtes une célébrité et les Américains traitent leurs célébrités d’une façon peut-être différente de celle dont vous êtes traitée ici.

JK : Je n’aime pas l’idée d’être une célébrité. Vraiment pas. Ça me met mal à l’aise.

E : C’est naïf de faire comme si vous n’en étiez pas une ?

JK : Dans un certains sens, je pense que c’est réaliste, parce que ce n’est pas pour moi que les enfants viennent me voir. Je pense que je pourrais être un homme, une femme, vieille, jeune. Du moment que je serais celle qui a écrit ces livres, ils voudraient voir la personne qui a écrit les Harry Potter, mais je ne pense pas que ce qui les attire, c’est moi. Je sais qu’ils ne viennent pas pour moi, vous savez, pour voir à quoi je ressemble ou de quoi j’aime parler. Ils sont simplement curieux de découvrir qui a écrit ces livres. Alors j'espère, et je crois, que ce sont les livres et pas moi qui les attirent.

E : Ce matin j'ai lu dans le Daily Mail…

JK : (avec une grimace) Oh. Mais pourquoi avez-vous lu ça ?

E : Parce que j’étais à l'hôtel. C'était le seul journal qu'ils nous donnaient.

JK : Bon. Excuse pitoyable.

E : Je sais mais c’est la meilleure que j’avais. Vraiment.

JK : (d’un ton théâtral) Bon alors, qu’est-ce que le Daily Mail raconte maintenant ?

E : Le Daily Mail dit que quelqu’un vous traque. Est-ce que c'est le mauvais côté de la notoriété ?

JK : Vous savez, ils pourraient me contacter et me parler de ce harceleur présumé, parce que je pense que je le saurais probablement si j'en étais la victime. Ce n'est pas une chose agréable, d’accord, mais parfois j’ai l’impression que : « Oh, allez, que quelqu'un la traque! Nous sommes à court d'histoires. Faites preuve d’initiative ! Allons, elle est sûrement assez importante pour être harcelée ?» Eh bien non, personne ne me traque. Donc je voudrais remercier le Daily Mail pour inviter les gens à le faire, c'est très gentil de leur part.

4eme PARTIE

E: Il est temps de parler des Détraqueurs.

J.K. ROWLING: Ah, les Détraqueurs, oui.

E: Les Détraqueurs, hem, ils incarnent la dépression. (JK - Mmm hmm.) Maintenant, je déteste faire des rapprochements biographiques entre les personnages et l’auteur, mais c’est… (rires)

JK: Vous pouvez en effet. (rires) Allons-y pour ça.

E: Mais il y a un rapprochement biographique à faire et nous en avons parlé, nous avons parlé du fait que la dépression dans votre vie a été, non seulement, évidemment un moment horrible, mais quelque chose qui finalement a été important pour votre vie.

JK: Hum, j’ai été dépressive, hum, je dirais –disons en 1994- que j’ai souffert des symptômes de ce que l’on m’a dit être une dépression. Je ne sais pas, on m’a dit que c’était ça. Oui, j’ai été dépressive pendant un certain temps. Je n’ai pas honte de ça, il y a des tas de gens qui sont dépressifs et je n’en ai plus jamais souffert depuis, et j’ai survécu à ça. Mais les Détraqueurs, euh, c’est dur de retracer les origines des choses. J’ai vu ces choses et j’ai su ce que je voulais qu’ils fassent, mais ils ont évolué, et lorsque j’ai vraiment réfléchi à ce qu’ils faisaient, j’ai compris que c’était cela que j’étais en train de mettre en place. C’est généralement de cette manière que les choses se passent pour moi. Je ne me dis pas consciemment « et maintenant, je vais créer quelque chose qui incarnera la dépression », mais lorsque je le crée, je prends conscience de ce que je fais. Vous savez, de ce qui se joue inconsciemment. Donc ils créent une absence de sentiment, ce qui est mon expérience de la dépression. C’est une absence…

E: C’est votre définition.

JK: (Acquiesce) Mmm.

E: Maintenant, est-ce que vous diriez que pour vous, vous savez, toutes les vies ont des sortes de moments cruciaux, mais diriez-vous que pour vous, cela a été un moment crucial de votre vie, un tournant ?

JK: Faire une dépression?

E: Oui, je veux dire, est-ce que ça a été une sorte de fond que vous avez touché ? (JK reste pensive) Qu’est-ce qui s’est passé ? C’est après votre mariage, c’est ça ?

JK: Oui. Oui. C’est ça. Je pense que c’est ce qu’on pourrait appeler une dépression par réaction, comme si lorsque certaines choses vous arrivent, et bien c’est visiblement ça votre réaction. J’y pense souvent, j’ai eu quelques années très mouvementées. J’ai changé deux fois de pays. Ma mère est morte. Cela a été le gros point. Rien n’a été plus important que la mort de ma mère.

E: Exact. Et vous aviez 25 ans ?

JK: J’avais 25 ans. Cela a inauguré ce genre de série de contretemps et de mésaventures. Je me suis mariée. Nous nous sommes séparés. Nous avons divorcé. Avoir ma fille a été une chose magnifique mais une énorme responsabilité aussi, et je me suis beaucoup inquiétée. J’étais continuellement inquiète d’être à ce point fauchée, et, vous savez, d’élever une fille.

E: C’était ça le truc : que votre mère décède, lorsque vous aviez 25 ans.

JK: Oui, et elle était très jeune. Elle avait 45 ans.

E: Et c’était…

JK: Ce n’était pas bien.

E: Visiblement c’était ce qu’il y avait de pire.

JK: C’est la pire chose qui me soit arrivée. C’est certain. Oui. Ca a été un choc terrible. Rétrospectivement, vous voyez, je me sens coupable. Je pensais, et bien, comment peux-tu être choquée, tu pouvais voir combien elle était malade. Mais je ne m’attendais pas à être mise au pied du mur. Cela devait avoir à voir avec le fait qu’elle était encore très jeune. Je pensais qu’elle serait encore là pour des années encore, et, hum, elle n’était plus là. Alors ça a été un vrai choc. C’était horrible.

E: Et ça a commencé ?

JK: Et bien, en fait, je pense que ce qui est, ou était, typique de moi, c’est que même si j’étais dans la peine, j’ai quasiment, hum, je ne voulais pas rester tranquillement dans la peine. Je veux dire que je pense que c’est un bon moyen de se mettre soi-même dans une belle dépression. Vous savez : refuser de ressentir les choses, essayer de continuer à aller de l’avant, de continuer à avancer. Donc je suis partie à l’étranger. En réalité, j’ai passé des moments merveilleux à enseigner à l’étranger. C’était l’un des meilleurs boulot que j’aie jamais fait, au sens de petit boulot, parce que j’ai toujours su que rien de tout cela n’était vraiment pour moi. J’ai toujours su que j’allais écrire. Et j’ai rencontré mon ex-mari, et etc. J’ai eu une belle petite fille. Mais ça m’a en quelque sorte rattrapée lorsque j’ai quitté mon ex-mari, parce qu’il m’a fallu m’asseoir tranquillement et réfléchir à ce qui était arrivé. Voilà où j’en étais, j’étais brisée, je n’avais pas de boulot. Pour la première fois dans ma vie d’adulte, je ne travaillais pas. Très inquiète au sujet de l’argent et de comment j’allais élever ma fille. Et tout cela arrivait en quelque sorte d’un coup. Alors oui, j’ai été plutôt déprimée.

E: A travers vos livres, on a l’impression que votre maman vous manqué et que vous vous arrangez avec cette conversation, comme le fait Harry : en regardant une ombre mais sans pouvoir revenir en arrière.

JK: S’arranger avec le deuil constitue une grande part des livres. Faire face à la perte. Oui. Je ne peux pas développer autant que je le voudrais ce sujet parce qu’il y a encore trois livres à venir et, ce n’est pas un truc de vendeur, vous pouvez les prendre dans une bibliothèque et vous n’avez pas à les acheter, je veux juste dire que je ruinerais les livres à venir si je développais davantage à ce sujet. Mais c’est vraiment un thème central, s’arranger avec la mort, oui, et faire face à la mort.

E: Dans l’un des livres, Dumbledore dit : “la mort n’est que le pas suivant vers le grand mystère, la grande aventure suivante”, je crois que c’est la citation.

JK: J’aimerais… je ne suis pas aussi sage que lui. J’aimerais voir les choses de cette manière. Et à bien des égards, je les vois de cette manière. La mort continue à me faire peur, comme elle fait peur à la plupart des gens. Parce qu’il y a encore tant de choses que j’aimerais faire et je ne veux pas quitter ma fille tôt.

E: C’est difficile à accepter.

JK: (Acquiesce) Mmm hmm. C’est quitter les gens. Je pense que c’est surtout quitter ses enfants. C’est le plus dur.

E: Quand vous parlez de s’arranger avec la mort et la perte dans les livres, est-ce que cela vient de vous –parce que vous avez perdu votre mère – est-ce que cela vient d’une spiritualité personnelle ? Je veux dire, êtes-vous quelqu’un de religieux ? Votre spiritualité vient-elle de quelque part en particulier ?

JK: Je crois en Dieu. Cela a l’air de gêner les gens de Caroline du Sud plus que tout. Je pense qu’ils trouvent ça…bon, c’est mon expérience un peu limitée, mais ils ont plus de problème avec le fait que je croie en Dieu que si j’étais une athée non repentie.

E: Vous croyez vraiment en Dieu.

JK: Oui oui.

E: En la magie et…

JK: La magie au sens où elle apparaît dans mes livres non, je n’y crois pas. Je ne crois pas à cela. Non. Non. C’est si frustrant. Une fois de plus, il y a tant de choses que j’aimerais dire. Revenez quand j’aurai écrit le tome 7. Mais peut-être que là vous n’aurez plus besoin d’en parler parce que vous aurez trouvé de toute façon. Vous l’aurez lu.

E: Mais dans votre vie personnelle, je veux dire, êtes-vous pratiquante ?

JK: (Acquiesce) Mmm hmm. Et bien j’y vais plus souvent que simplement pour les mariages et les communions. Oui, je le suis.

E: Et dans votre vie personnelle, est-ce que l’église et ce genre de spiritualité vous a aidé à faire face à la perte de votre maman ?

JK: Non, en fait ça ne m’a pas aide à ce moment là. Non. (Secoue la tête)

E: Alors vous y êtes revenue après.

JK: Oui, je dirais cela. J’ai quelques problèmes avec les religions conventionnelles organisées. Quelques problèmes (longue pause). Mais… oui, c’est un endroit où j’irais dans un moment de problèmes. C’est probablement un endroit où j’irais dans un moment de problèmes. Je n’attendrais pas qu’il me fournisse toutes les réponses, parce que je voudrais en trouver certaines en moi.

E: Oui, mais l’aspect institutionnel, vous savez, les règles…

JK: J’ai quelques problèmes avec certains aspects de cela. Oui, c’est vrai.

E: Et certains m’ont demandé de vous demander… une question très habituelle… comment a-t-elle cru en elle ? Elle touche le fond. Elle est une mère célibataire. Y a-t-il eu un moment où vous vous êtes dit “je vais quand même le faire, peut importe” ou était-ce une force en vous ?

JK: C’était quelque chose que j’allais faire, forcément. Vous savez, j’ai toujours essayé d’écrire et de publier un livre. Ca n’a pas été le premier livre que j’aie écrit. Je veux dire que L’Ecole des Sorciers n’a pas été le premier livre que j’aie écrit, même si je n’avais jamais essayé de publier les autres. C’étaient des romans pour adultes.

E: Des romans pour adultes ?

JK: Mmm hmm. Mais au fond de moi, j’ai vraiment senti qu’ils n’étaient pas à la hauteur et je pense que j’avais totalement raison à ce sujet. Ce n’est pas juste un effet de modestie. Harry en revanche, j’y croyais d’autant plus que je ne croyais pas en ceux là, et j’étais absolument décidée à le faire. Ce n’était pas tant que… bon, il doit y avoir de la confiance en soi là-dedans. Il a dû y en avoir, n’est-ce pas ?

E: Quelqu’un d’autre a-t-il cru en vous ?

JK: Non. Bon, je pense que… c’est un peu cruel à dire pour mes amis. Hum, quelqu’un d’autre ? Certainement une personne, une amie, lorsque je lui ai dit que j’écrivais un roman. Vous voyez, je suis toujours très secrète en ce qui concerne mes écrits, et je crois qu’elle a finalement pensé : des illusions.

E: Du genre « oh mon dieu, la revoilà, il ne manquait plus que ça » ?

JK: Oui. (sarcastique) Et maintenant, je vais écrire un roman, parce que je vais me faire un tas d’argent avec ça. Je trouve que c’est très ironique lorsque je dis ça parce que je pense que c’est comme ça qu’elle me voyait à cette époque. La vérité, c’est que je ne me suis jamais attendue à gagner de l’argent en écrivant. J’ai cru qu’enseigner me ferait gagner assez d’argent pour qu’on puisse vivre, et je me suis sentie coupable, lorsque le livre a été accepté pour la publication, de ne pas avoir cherché avec la même ténacité à avoir un emploi d’enseignante à plein temps. Je faisais mes heures, mais j’espérais toujours trouver une excuse pour avoir un jour par semaine de libre pour écrire.

E: Pensiez-vous que vous aviez du talent ?

JK: Et bien j’espérais en avoir. C’était un vrai soulagement de trouver… je me suis douté qu’il y avait une chose que je pouvais faire bien, et c’était écrire.

E: Est-ce que vous êtes douée pour autre chose ?

JK: Non. Non, je ne suis pas douée pour la plupart des autres choses au point que c’en est embarrassant, je pense. Je suis quelqu’un de très désorganisé. J’étais une horreur dans les bureaux. Je suis douée pour enseigner l’anglais comme langue étrangère. J’ai aimé faire ça. Je pense que j’étais bonne là-dedans. Je suis douée pour garder les poissons tropicaux. Voilà, je n’arrive pas à trouver grand chose d’autre en fait, vraiment.

E: Est-ce que vous vous souvenez du moment où vous avez eu… où vous avez trouvé l’issue, après les refus, le moment où voilà, ça y est, vous avez un éditeur ?

JK: C’était le meilleur moment… ça paraît très, enfin, mais c’est vrai. Après la naissance de ma fille, le jour le plus joyeux de ma vie est celui où j’ai eu ma fille dans mes bras à l’hôpital. Une sensation indescriptible. Et le deuxième au jour d’aujourd’hui, c’est le moment où mon agent m’a téléphoné et m’a dit « on a le contrat avec Bloomsbury ». Rien de mieux ne m’est arrivé depuis et même en tenant compte des chiffres des ventes, de la liste des best-sellers du New York Times et de tout cela, ce qui, ne vous trompez pas, est merveilleux : rien n’a égalé le moment où j’ai su que mon livre allait être publié. C’était, ahh, quel moment ! J’étais sur un nuage pendant plusieurs jours, je ne peux pas vous raconter ça.


Interview traduite par Hedwige, Phenix, Myrddin et Zarbeth.
Version originale en anglais disponible sur le site d'Accio Quote.

 

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